Александр Бангерский (banguerski_alex) wrote,
Александр Бангерский
banguerski_alex

Социальный лифт во Франции везет только вниз

Как обешал, выкладываю здесь несколько материалов на французском языке.
Начну с интервью, которое Ален Мержье дал "Нувельобсу" почти год назад:

Les ravages du «descenseur social»
L'ascenseur social fonctionne... mais il descend ! C'est la conclusion de l'étude de deux chercheurs publiée par la Fondation Jean-Jaurès. Alain Mergier explique ici les conséquences politiques de cet engrenage

source : Le Nouvel Observateur le 27/04/2006 auteur : François Bazin

Le Nouvel Observateur. - Les milieux populaires représentent à peu près un électeur sur trois, en France. Dans votre enquête, réalisée à partir de cinquante longs entretiens, vous mettez en exergue un phénomène que vous jugez central : celui de «descenseur social».
Alain Mergier . - On a beaucoup dit que l'ascenseur social, en France, était en panne. Or quand on interroge les milieux populaires, on se rend compte que pour eux il ne s'agit pas d'une panne. L'ascenseur fonctionne, plutôt bien... Mais il descend ! C'est toute la dynamique de la société française qui s'est ni plus ni moins inversée. Pour cette population, la société est animée d'une puissante force de gravité qui tire vers le bas.
Et la violence s'est généralisée au point de faire planer une menace permanente sur la vie quotidienne. Cette menace est fortement associée aux comportements de personnes immigrées ou issues de l'immigration. C'est la cause centrale du développement et de la banalisation de la xénophobie.

N. O. - Diriez-vous que pour les milieux populaires, la société française est en crise?
A. Mergier. - En fait non ! La crise est, par définition, un moment transitoire entre deux moments de stabilité. Pour eux, le descenseur social, la généralisation de la violence, les ratages de l'intégration sont devenus des traits structurels de la France d'aujourd'hui. D'où une vision de la société qui fonctionne à l'inverse de la promesse républicaine d'ascension par le travail, par l'effort. Une société dans laquelle l'Etat n'assume plus sa fonction de protection des personnes.

N. O. - Les classes populaires sont-elles les seules à pointer du doigt cette inversion?
A. Mergier. - Dans d'autres travaux, nous constatons que ce diagnostic gagne les classes moyennes, certaines populations de cadres... Mais les milieux populaires sont les plus exposés, les plus fragiles. Prenons un seul exemple - celui de l'emploi - qui explique parfaitement comment est vécue cette force d'attraction vers le bas. Les personnes que nous avons rencontrées décrivent un engrenage, une spirale vicieuse, qui conduit du CDI au CDD, du CDD au stage, du stage au chômage lui-même rythmé par des retours de plus en plus précaires dans le monde du travail. Le déclassement est aujourd'hui vécu comme un destin.
N. O. - Quels sont les effets de cette perception d'une société dont les règles se sont inversées.
A. Mergier. - L'un des effets principaux est de changer la direction du regard qui n'est plus dirigé vers ceux qui sont au-dessus et que l'on peut envier ou espérer rejoindre, un jour, par le travail, par la lutte, la revendication ou au travers de la réussite de ses enfants. Désormais, on regarde vers le bas. On regarde vers des catégories auxquelles on ne veut surtout pas être assimilé, qui incarnent le déclassement qui nous guette et qui, de surcroît, sont perçues comme abusant du système. De ce fait, aujourd'hui, les efforts et l'énergie que l'on déploie ne sont plus consacrés à progresser mais à résister à la descente.
N. O. - Qui est jugé responsable de cette inversion?

A. Mergier. - L'Etat. Pour les milieux populaires, il est frappé d'impuissance et cette impuissance est liée à la classe politique. Elle est la marque du désintérêt des politiques face à ce qu'ils vivent. Ils se sentent délaissés, abandonnés. Ils ont le sentiment de ne plus compter.

N. O. - Comment réagissent-ils à cette situation?
A. Mergier. - Lors des entretiens que nous avons réalisés, nous avons constaté qu'à un moment ou à un autre nos interlocuteurs se mettent en colère, comme si, tout à coup, ils se heurtaient à un mur. Dans ces moments s'exprime une incompréhension face à tel ou tel événement jugé illisible, insupportable ou scandaleux, et leur discours se durcit, se radicalise...

N. O. - Cette colère se retrouve-t-elle lors du vote?
A. Mergier. - A l'évidence, oui. Les convictions politiques traditionnelles de droite ou de gauche se sont estompées. C'est dans les réactions aux événements que se forgent les opinions et donc le vote. D'où son caractère apparemment erratique. Ce qui ne veut pas dire irrationnel. Le même électeur peut ainsi se tourner un jour vers Le Pen, l'autre vers Besancenot, ou dire sa préférence hier pour la gauche d'opposition, demain pour Sarkozy. Dans son esprit, il ne fait pas n'importe quoi. Il cherche au gré des événements les idées les plus immédiatement explicatives. C'est la brèche dans laquelle s'engouffrent les populismes de tout poil.

N. O. - Y a-t-il danger pour la démocratie?
A. Mergier. - Disons que nous jouons avec le feu. Voter contre les partis de gouvernement, c'est se dresser contre la « surdité d'Etat » pour se réaffirmer en tant que sujet politique. Ce vote n'est pas dirigé - sauf exceptions - contre la démocratie libérale ou la République. Les désirs de régime autoritaire ou de révolution anticapitaliste sont marginaux. Les personnes que nous avons rencontrées disent simplement qu'elles aspirent à pouvoir «construire leur vie personnelle et familiale». Le paradoxe est que certains finissent par voter pour les partis extrémistes - Le Pen notamment - au nom même des valeurs républicaines et démocratiques qu'ils voudraient voir rétablies. De même qu'ils peuvent voter parfois pour des formations qui se disent anticapitalistes alors qu'ils considèrent comme naturelles les règles de base de l'économie de marché et réclament un plus large accès à l'univers de la consommation. En fait, l'attente des milieux populaires c'est le rétablissement des principes qui devraient assurer à chacun un statut de sujet économique et politique à part entière.
Tags: en français, Франция, социология
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